Interview de Mani Deïz, Beatmaker

Après des artistes tels que Koma ou Dajoan Melancolia, c’est au tour d’un beatmaker de répondre aux questions de Skeud Dealers pour la même occasion ouvrir la catégorie beatmaker du site, le beatmaker en question est Mani Deïz étant à la prod sur le dernier son de l’Indis  » Artiste Virtuel « . Plongez vous dans le mode de vie d’un beatmaker avec une interview très intéressante !

Skeud Dealers – Tu peux te présenter ?
Mani Deïz, 29 ans originaire des Yvelines à la base. Membre de Kids Of Crackling. Beatmaker depuis 2000 environ. Aucune formation de musique, je fais tout au feeling et à l’experience. En fait je restais dans mon coin. Je me suis mis sur les réseaux sociaux début 2011 histoire de se faire connaitre. A sortir du placard un peu. Je me classe dans la catégorie des beatmaker hermites. Je vais pas vraiment vers les autres à part quelques personnes avec qui j’ai vraiment envie de bosser comme ça a été le cas avec l’Indis. J’aime pas trop démarcher les gens mais je suis toujours ouvert pour parler musique. Je suis bien dans mon coin à créer mes petits trucs. Petit à petit des MC’s viennent me chercher et ça fait toujours plaisir quand les gens aiment ce que tu fais. Je suis vieux et à la fois neuf, donc il y a beaucoup plus de choses en cours que de choses faites. Faut suivre, ça arrive.

Comment t’es venu l’idée de devenir beatmaker ?
Avant j’étais MC et dans le quartier on n’avait pas de prods pour kicker, uniquement des Face B. Moi j’avais un PC et vu que j’y connais rien du tout, j’ai acheté Hip Hop Ejay vers 1999 je crois. Ma première prod je me souviens c’était un sample d’une musique du film « The Killer » enregistré avec un micro en plastique avec le recorder de Windows. Aucun sens du rythme, un carnage total. J’ai mis des sons d’hélicopters partout pour masquer le truc. Après j’ai découvert Fruity Loops et ensuite la MPC.

Pourquoi beatmaker plutôt que rappeur ?
Je rap depuis 1998. Mais au bout d’un moment, je me suis lassé. J’avais l’impression de tourner en rond. Plus rien à dire. J’ai donc continué à faire de la musique dans mon coin, en faisant écouter qu’à des amis pendant pas mal d’années. Je prends beaucoup plus de plaisir à faire de la musique qu’à kicker des beats.

As-tu des influences particulières ?
J’ai été bercé par le rap français à l’ancienne.Je pense avoir presque tout écouté ce qui faisais entre 1995 et le début des années 2000. Après j’écoutais toujours mais d’un peu plus loin. Niveau musique à part quand je bosse, j’écoute tout mais à petit dose. De toute façon, sampler permet de découvrir énormément de choses et donc au final, oui j’écoute beaucoup beaucoup de musiques. Quand tu écoutes une centaine de musiques avant de trouver le sample qui tue, tu n’as pas vraiment le choix de toute façon. Ce que je préfère sampler c’est la soul et la variété françaises des années 30 à 60. Ça m’a permis de me passionner pour des artistes que je n’aurai jamais écouté. Je pense qu’un beatmaker est obligé d’aimer la musique dans son intégralité. Olbligé d’aimer tous les styles, car il y a du bon et de la matière partout.

Comment définirais tu ta musique ?
Ce qui m’importe c’est l’efficacité. Je me concentre beaucoup sur le sample et je bosse autour. Après j’aime les drums qui tapent fort en général. Un gros Kick, une grosse Snare. Faut que ça cogne en fait. J’ai même une tendance à trop accentuer les caisses claires, mais j’aime ça. Je peux faire un son avec des kicks étouffés, une snare super grave et des hats tout vieux avec un vieux sample de soul dépitché et le landemain faire un truc un peu plus moderne dans les drums et le sample. Je fais de tout, selon l’envie.

Ton beatmaker préféré ?
J’aime beaucoup Primo. Mais si je devais en choisir qu’un, je pense que ça serait Madlib. Après quand on est passionné et curieux, on prend des tartes tous les jours par des beatmakers dont on n’avait jamais entendu parler. Après c’est l’émulation qui permet de se surpasser. La compétition est plus saine qu’avec les MC. Elle est plus discrète. Dès que t’entends une saleté d’un mec, ça donne directement envie de bosser pour faire mieux. En France, j’aime beaucoup les gars de notre collectif. On a vraiment fait quelque chose de sympa en se réunissant. Sinon j’aime bien Nizi, Milka et Evil Neddle. J’aime bien les gens qui font de trucs que je sais pas vraiment faire, ou que j’ose pas vraiment. Et puis je pense sincèrement que les bons beatmakers sont plus nombreux que les bons MC’s. En France on retient le MC, rarement le beatmaker. C’est assez dommage au final. Car un beat sans MC, ça reste de la musique. L’inverse, ça donne du slam.

Avec quel matos bosses tu ?
Au final pas grand chose. Des monitorings un peu vieilles, un casque BeyerDynamics pas trop mal, une platine Numark pour sampler, une MPC 1000 et un sampleur Ensoniq EPS16+. Mais ça suffit largement. Je pense toujours que c’est pas le matos qui fait le beatmaker. Faut juste trouver les outils avec lesquels on est le plus à l’aise. Je connais des mecs, sans clavier midi, sans enceintes de monitoring et uniquement avec un logiciel et quelques samples, ils font des boucheries et avec un vrai grain. Et puis le son c’est tellement subjectif en fait. Moi j’aime juste quand ça crépite, que ça grésille de partout.

Est-ce que tu sample beaucoup ?
J’ai composé pendant presque une dizaines d’années en samplant rarement. Et petit à petit j’ai inversé la tendance. Contrairement à pas mal de mecs, j’ai fait l’inverse. Je suis passé du software au hardware. Faire des sons avec une souris, ça me lasse. J’ai besoin d’appuyer frénétiquement sur des pads, de sentir le truc. Si seulement je savais jouer de la batterie, je pense que je taperai partout.

En moyenne par prod tu mets combien de temps ?
Avec la MPC, tout va très vite en fait quand on la connait bien. En moyenne, pour faire une prod je mets une petite heure avant d’exporter sous Cubase pour mixer le truc. A ça je rajoute environ une heure de plus, parfois plus. Je vais dire, en moyenne deux bonnes heures pour faire une prod terminée. Et comme je suis aux assedics, j’ai la chance de pouvoir faire ça toute la journée. Donc en général, mon rythme de croisière c’est une prod ou deux par jour.

Une instru que tu aurai aimé créer ?
A part Shook Ones part II, ça serait « Nas is like ». Ce beat est magique.

Quelque choses à dire à ceux qui se lancent dans la production ?
S’inspirer sans calquer, voilà toute la difficulté de faire de la musique. Quand on démarre, reproduire ça rassure mais c’est qu’après qu’on s’amuse avec les sonorités, avec un peu d’expérience.

Quels sont tes projets ?
Grandir avec Kids Of Crackling. Faire toujours plus de sons, apprendre, se perfectionner et faire découvrir notre univers au plus grand nombre. De mon coté, j’ai du faire presque 200 beats en 2011. J’ai passé ça à gauche, à droite et souvent je sais même plus à qui. Faut surveiller pour voir ce qui va sortir car moi même je sais pas toujours.

Au fait Kids Of Crackling c’est quoi ?
On dit que l’union fait la force. On s’est donc réunis : Fef’, Rakma, Cristo et moi donc. Cristo et Moi on est un peu plus vieux, on bosse sur le même matos. Fef’ et Rakma sont plus jeunes, avec un esprit à l’ancienne et surtout bourrés de talents. On se complète tous. On fait pas mal de remix, des concours de remix aussi. Et un petit projet 4 Freestylerz. On balance des prods pour faire plaisir aux MC’s, n’importe qui peut les kicker. Il y a énormément de projets en cours avec pas mal de MC’s… 2012 sera chargée.

    • Sgehnz
    • 5 janvier 2012

    Franchement Bonne idée de faire découvrir aussi les beatmakers. Vraiment sympa l’itw.

    • Dais
    • 5 janvier 2012

    MANIDEIZ trés bon beatmakeur , je le recommande ! il ma donné plein plein de conseil utile en plus !!!!! big up a lui.

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